Barrières bleues : une solution fondée sur la nature pour renforcer la résilience des côtes

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Une nouvelle vague d'innovations pour les côtes bordées de récifs vient renforcer la résilience et l’économie bleue.

Dans le monde entier, les inondations et l'érosion sont des problèmes croissants pour les zones côtières de basse altitude. Ces phénomènes devraient s'aggraver considérablement à l'échelle mondiale d'ici 2100. Alors qu'aujourd'hui les récifs coralliens agissent comme une infrastructure naturelle, qui protège les communautés côtières contre l'action des vagues et les tempêtes, ils subissent aussi une dégradation continue. L'affaiblissement des récifs coralliens augmente non seulement les risques et le coût de la protection et de l'adaptation des côtes, mais entraîne également une perte du capital naturel et de biodiversité. 

Pendant des décennies, la construction d’infrastructures – comme les amas de roches, les digues, ou autres structures côtières comme les épis – a été la mesure de protection côtière employée par défaut. Ce type d'interventions peut provoquer des phénomènes d’érosion et a souvent des effets négatifs sur les récifs coralliens ainsi que sur d'autres écosystèmes qui sont cruciaux pour le tourisme et l'économie bleue (qui a trait à la gestion durable des ressources océaniques en vue de stimuler la croissance économique, d'améliorer les moyens de subsistance et la création d'emplois tout en préservant la santé des écosystèmes marins). 


Les solutions fondées sur la nature, qui combinent l'ingénierie et la réhabilitation des systèmes de récifs coralliens, forment une nouvelle vague d'innovations qui pourront renforcer la résilience côtière tout en protégeant le capital naturel et en stimulant l'économie.


  

Entouré de récifs coralliens, l'archipel des Seychelles, dans l'océan Indien, a été à l'avant-garde de cet effort. Reconnaissant la vulnérabilité de ses côtes et comprenant la valeur protectrice de cette infrastructure naturelle contre les effets du changement climatique, le gouvernement seychellois s'est engagé à améliorer la résilience le long de ses côtes.

Un pas important dans cette direction a été l'approbation du Coastal Management Plan (CMP) en 2019. Le CMP propose la gestion et la réhabilitation des récifs coralliens dans 5 des 18 zones d’étude prioritaires, ainsi que d'autres solutions fondées sur la nature en combinaison avec des infrastructures grises pour réduire la vulnérabilité aux inondations et à l'érosion tout en préservant la beauté du littoral.

Le gouvernement et la Banque mondiale, avec un financement de la Facilité mondiale pour la réduction des catastrophes et le relèvement (GFDRR), ont mené une étude pour développer des stratégies de restauration des récifs coralliens à grande échelle. Cette évaluation a donné la priorité à 15 emplacements sur les trois îles principales où la restauration des coraux pourrait réduire les risques côtiers et améliorer la biodiversité. Selon l'étude, dans la plupart des endroits, la restauration des coraux devrait être combinée avec des structures artificielles pour offrir une protection côtière significative.

Les « barrières bleues » peuvent renforcer la résilience côtière

À la suite de ces enquêtes, le gouvernement des Seychelles et la Banque mondiale explorent le potentiel de nouvelles solutions hybrides appelées « barrières bleues ». Cette innovation est basée sur le développement des structures récifales conçues pour induire le déferlement des vagues, réduire ou rediriger les courants d'érosion destructeurs, et servir également de substrat, ou de base, pour faciliter la colonisation des coraux. Le concept de barrière bleue peut offrir une approche à bénéfices multiples : il peut simultanément renforcer la résilience des côtes, soutenir la reconstitution du corail et de la biodiversité marine, et contribuer au tourisme  et à la régénération des stocks de poissons.


« Le concept de barrière bleue ouvre la possibilité de rassembler ces objectifs et de construire une coalition entre le gouvernement, la société civile et le secteur privé ».


  

Selon Alain de Comarmond, Secrétaire principal à l’environnement des Seychelles : « Les récifs coralliens sont essentiels pour les Seychelles, non seulement en termes de biodiversité, mais aussi pour la résilience des côtes et le développement de l’économie bleue. Le concept de la barrière bleue ouvre la possibilité de rassembler ces objectifs et de construire une coalition entre le gouvernement, la société civile et le secteur privé ».

Les barrières bleues impliquent la construction d'une structure submergée utilisant des matériaux naturels non toxiques qui peuvent servir de substrat stable pour la colonisation des coraux, favorisant son reconstitution et le développement de communautés benthiques plus diversifiées. Bien qu'ils n'en soient encore qu'à leurs débuts, les projets de restauration des coraux utilisant des substrats artificiels sont de plus en plus nombreux et des techniques prometteuses continuent d'émerger. 

(A) Pilot unit made with gabion baskets and rocks in Grenade (Reguero et al., 2018); (B) Metal structure using mineral accretion technology in Maldives (Coralive); (C) 3D-printed concrete artificial reef in the Calanques National Park (Seaboost and XtreeE);  (D) MARS project: 3D-printed artificial module in Maldives (Alex Goad-MARS).
(A) Unité pilote réalisée avec des paniers de gabions et des roches à Grenade (Reguero et al., 2018); (B) Structure métallique utilisant la technologie d'accrétion minérale aux Maldives (Coralive); (C) Récif artificiel en béton imprimé en 3D dans le Parc National des Calanques (Seaboost and XtreeE); (D) Projet MARS : module artificiel imprimé en 3D aux Maldives (Alex Goad-MARS).

Cependant, les approches innovantes comme la barrière bleue ne sont pas des solutions universelles ou uniforme, et ne devraient être considérées comme une alternative que pour les zones qui répondent à des conditions très spécifiques. Une nouvelle étude de la Banque mondiale aux Seychelles vise à mieux comprendre les facteurs des récentes inondations et de l'érosion et à identifier des solutions efficaces et durables, y compris le potentiel de ce nouveau type de barrières.

Les solutions hybrides comme les barrières bleues pourraient jouer un rôle important dans le soutien de la résilience climatique, en particulier dans les petits États insulaires en développement, qui sont parmi les plus vulnérables aux risques des catastrophes naturelles et au changement climatique.


Les solutions hybrides comme les barrières bleues pourraient jouer un rôle important dans le soutien de la résilience climatique


« Le renforcement de la résilience des côtes va de pair avec la restauration des écosystèmes côtiers qui la protègent », a déclaré Brenden Jongman, chef d'équipe de la Banque mondiale. «Aux Seychelles, la Banque et le gouvernement travaillent ensemble pour renforcer l'aide financière en cas de catastrophe à partir d'instruments comme l'option de tirage différé pour les risques liés aux catastrophes (Cat DDO) [qui libère rapidement des fonds d'urgence une fois qu'une déclaration d'urgence est déclarée], avec une assistance technique pour renforcer la résilience des côtes et renforcer la gestion des urgences », a-t-il déclaré.

Dans le contexte d'un rétablissement post-COVID-19, les solutions fondées sur la nature représentent un moyen prometteur de combiner les objectifs de développement économique, du climat, de réduction des risques de catastrophe  et de conservation de la nature. La Banque mondiale continuera à soutenir des approches innovantes pour aider à renforcer la résilience aux risques, soutenir l'économie et protéger le capital naturel.

Abdoulaye Alassane Traoré
31 janvier 2022

La gestion intégrée des ressources en Eau est une équation que les Etats africains commencent à peine à découvrir. Mais malgré cette prise de conscience la volonté politique de protéger des fleuves comme le Sénégal et le Niger reste insuffisant. Nous constatons avec regret le déversement des eaux usées dans les fleuves chaque jour en traversant le pont Fahd de Bamako. En termes d'innovation, les pays côtiers (marins comme fluviaux) peuvent créer une nouvelle forme 'élevage: celui du ver de terre pour "repoissonner " les fleuves africains mais aussi pour remplacer les dons de sang dans les hôpitaux car il a été prouvé scientifiquement le ver de terre renfermerait des hémoglobines universels et identiques à celle de l'homme.

Abdoulaye Alassane Traoré
31 janvier 2022

Protéger les océans avec des barrières hybrides ou en béton me parait pour le moins dangereux. La préservation des écosystèmes marins et naturels doit se faire qu'avec des matériaux purement naturels et de préférence, des matériaux issus du milieu naturel à protéger, sans quoi, la terre risque de vivre des catastrophes naturelles de tout autre genre dans un futur proche.