La croissance viendra des infrastructures

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Solar panels in Morocco. © Dana Smillie/World Bank


Encourager les investissements privés dans les infrastructures pourrait doper la croissance dans les pays en développement

À la fin du mois, les Nations Unies devraient finaliser leurs « Objectifs de développement durable » (ODD) (a), un plan d'action mondial visant à mettre fin à la pauvreté et à soutenir la croissance à long terme. L'un de ces objectifs consiste à « bâtir des infrastructures résilientes, à promouvoir une industrialisation inclusive et durable, et à favoriser l'innovation. »
 
Le lourd déficit d'infrastructures que connaissent de nombreux pays en développement, de l'Asie à l'Amérique latine, constitue parfois le principal obstacle à leur développement humain et économique. Résoudre ce problème jouera donc un rôle essentiel pour atteindre bon nombre des autres ODD. 
 

Près de 2,5 milliards de personnes (a) dans le monde sont toujours dépourvues d'installations sanitaires adéquates, et 768 millions n'ont pas d'accès à l'eau potable. Plus d'un milliard (a) n'ont pas l'électricité. Si vous ajoutez à cela des routes en mauvais état, des ponts branlants, des aéroports mal gérés et des installations portuaires peu performantes, vous avez le cocktail parfait pour obtenir une croissance quasi nulle…
 
Ça n'est qu'avec d'importants investissements dans les infrastructures des pays en développement que l’on parviendra à impulser une croissance significative et à mettre fin au fléau de la pauvreté.
 
Ces pays doivent canaliser au moins 1 000 milliards de dollars de plus par an vers le développement de leurs infrastructures. Mais avec les contraintes budgétaires auxquelles bien des gouvernements du monde entier sont confrontés, où trouver cet argent ?
 
La réponse se trouve du côté du secteur privé, car celui-ci possède l'expertise et les importantes ressources financières nécessaires pour faire sortir de terre des projets d'infrastructure vitaux.
 
Le secteur privé a un rôle essentiel à jouer
 
Au sein du Groupe de la Banque mondiale, et dans le cadre de ses efforts pour mettre fin à l'extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée, IFC aide les entreprises privées à investir dans les pays en développement. Ses investissements dans les infrastructures ont permis de créer plus de 2,5 millions d'emplois, apporté l'eau potable à plus de 23 millions de personnes et l'électricité à plus de 100 millions, et connecté plus de 237 millions en leur donnant accès à des services de téléphonie.
 
Aux quatre coins du globe, les pouvoirs publics se tournent vers les investissements privés afin de développer leurs infrastructures.
 
Par exemple, la Jordanie a promulgué une loi relative aux énergies renouvelables en 2012 pour faciliter le développement de projets à grande échelle. Avec l'appui d'IFC, le pays a ainsi mis la dernière pierre au financement de sept centrales solaires présentant une capacité combinée de 102 mégawatts. Il s’agit, à l’échelle de la région, du plus grand projet d’énergie solaire financé par le secteur privé.
                                                                                                     
Ce projet s'inscrit par ailleurs dans une série d’opérations pilotées par le secteur privé dans l’ensemble du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord qui pourraient ajouter plus de 100 gigawatts au réseau électrique de la région d'ici 2030.
 
Malgré les réussites de ce genre, le secteur privé ne représente que moins de 15 % de la totalité des investissements d'infrastructure dans les économies émergentes et en développement, contre 70 % pour les pouvoirs publics. De plus, 95 % de ces financements ont lieu dans les pays à revenu intermédiaire, ce qui ne laisse pas grand-chose pour les nations les plus pauvres.
 
La recette de la croissance

Comment faire changer cette situation ?

Tout d'abord, les États doivent créer un environnement propice à la prospérité du secteur privé, notamment en luttant contre la corruption et en développant des cadres réglementaires transparents. Du fait de la nature à long terme du développement des infrastructures et des énormes sommes impliquées, les investisseurs doivent avoir une grande confiance dans les marchés sur lesquels ils opèrent.

En second lieu, les pays doivent encourager les partenariats public-privé (PPP), dans lesquels les entreprises privées et les pouvoirs publics collaborent sur des projets d'infrastructure de grande envergure. Les PPP permettent aux États de bénéficier de l'expertise du secteur privé tout en laissant leurs agents se concentrer sur les aspects liés à la définition des politiques publiques et à la planification.

Enfin, les institutions financières internationales doivent continuer à soutenir le développement des infrastructures. IFC a par exemple investi 4 milliards de dollars dans des projets d'infrastructure au cours de l'exercice 2015. Il ne faut cependant pas s’arrêter là, et les organismes de développement peuvent en faire plus.

Depuis le lancement des objectifs du Millénaire pour le développement (les précurseurs des ODD) il y a une quinzaine d'années, le monde a beaucoup progressé en ce qui concerne la fourniture de services essentiels en direction des plus pauvres. Toutefois, d'ici 2030, la planète devrait voir ses besoins en énergie croître de 40 % et connaître une baisse de 40 % de ses ressources en eau.

Ces chiffres sont inquiétants. Raison de plus pour ne pas oublier qu'en faisant appel au secteur privé, il serait possible de libérer tout le potentiel de transformation que présentent les infrastructures. 

Ce billet a été initiallement publié en anglais sur le Huffington Post. 

Auteurs

Dimitris Tsitsiragos

Vice President, New Business at IFC

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